
CPLP,les Coureurs à Pied de Luc-Primaube Course à pied |
| | Lecture : "A ton âge", de Jean-Noël Blanc | |
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| Auteur | Message |
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MiniSand coureur international


Age : 41 Inscrit le : 19 Mar 2007 Messages : 1080 Localisation : Magrin
 | Sujet: Re: Lecture : "A ton âge", de Jean-Noël Blanc Mer 9 Avr - 20:45 | |
| Treizième partie :
Qu’est-ce qui te prend de le dévisager, que va-t-il penser ? Je ne le dévisage pas, je suis curieuse. - Vous m’avez entendu parler tout seul ? dit l’homme. Elle se redressa. Non, elle n’avait rien entendu, pourquoi ? - Rassurez-vous, dit-il. Je n’étais pas tout seul. Enfin, pas vraiment. J’étais avec ma femme. Il se cala les fesses contre le rebord de l’abreuvoir, face au paysage, puis il tendit le bras. - Nous venions souvent courir ici. C’était une de nos courses favorites. - C’était ? - Elle est morte. Il avait prononcé ces mots sans y mettre d’emphase. Une constatation. Quelque chose de simple. Une vérité sur laquelle il n’y avait pas besoin de s’entendre. - Pardonnez-moi d’être indiscrète. Il y a longtemps ? - Un an et demi, deux ans. Il contemplait toujours le paysage. La forêt où les feuillus mettaient des taches claires parmi les résineux, les pentes qui dévalaient vers la plaine, les champs dessinés, les villages, les routes minuscules, puis, tout au bout, les montagnes du soir. Un rapace fit entendre quelque part son cri aigu. - C’est idiot, mais quand je cours dans les endroits que nous aimions, je lui parle. Comme si elle était là. Je lui montre ce que j’aime. Ce qu’elle aimait. Des perspectives, un mur de ferme, une ouverture. Cette source. Vous devez me prendre pour un fou.
La suite demain… |
|  | | nicorapido Admin

Age : 28 Inscrit le : 01 Jan 2007 Messages : 1169 Localisation : La Primaube-Rodez-Bourganeuf
 | Sujet: Re: Lecture : "A ton âge", de Jean-Noël Blanc Mer 9 Avr - 21:42 | |
| J'ai décroché... Qui est-ce qui est morte? Qui est fou? Mais où est Charlie? _________________ Quand un gars vous dit qu'il vient de gagner une course, il vaudrait mieux lui demander qui il a battu plutôt que le temps qu'il a réalisé. |
|  | | fetto coureur régional


Age : 31 Inscrit le : 29 Déc 2007 Messages : 329 Localisation : Rodez
 | Sujet: Re: Lecture : "A ton âge", de Jean-Noël Blanc Mer 9 Avr - 22:15 | |
| Pour charlie je peux t'aider pour le reste....  |
|  | | MiniSand coureur international


Age : 41 Inscrit le : 19 Mar 2007 Messages : 1080 Localisation : Magrin
 | Sujet: Re: Lecture : "A ton âge", de Jean-Noël Blanc Jeu 10 Avr - 10:22 | |
| Quatorzième partie :
Elle sourit. Un fou ? Pourquoi donc ? Au contraire c’était elle qui était folle. Folle de ne pas avoir pensé à faire de même après la mort de son mari. - Ah bon ? Votre mari ? A mon tour d’être indiscret mais, il y a longtemps ? - Quatre ans. Exactement quatre ans aujourd’hui. Le jour de mon anniversaire. Il est mort le jour de mon anniversaire. Une drôle d’idée, n’est-ce pas ? - Je ne sais pas si « drôle » est le mot adéquat. Ils se turent. L’air était toujours aussi chaud. Une brume de chaleur traînait sur la plaine, faisait danser les lignes d’arbres qui bordaient les champs, et, dans leur dos, l’eau était fraîche. Elle baissa la tête. La main de l’homme était posée sur le rebord de l’abreuvoir. Il portait deux alliances à l’annulaire. A quoi penses-tu quand tu regardes ses mains ? Ne regarde pas ses mains. Ses doigts fins. Je ne regarde pas ses doigts, je pense. Ne penses pas à ses yeux. Je ne pense pas à ses yeux. Ne pense pas à cette tendresse qu’il a pour sa femme. Je ne pense pas à sa tendresse. Je ne pense pas du tout à la moindre tendresse. Mon œil.
La suite demain… |
|  | | MiniSand coureur international


Age : 41 Inscrit le : 19 Mar 2007 Messages : 1080 Localisation : Magrin
 | Sujet: Re: Lecture : "A ton âge", de Jean-Noël Blanc Jeu 10 Avr - 10:24 | |
| Quinzième partie :
- On devrait repartir avant de se refroidir, dit l’homme. Vous courez jusqu’en haut ? Il désignait le chemin étroit qui montait à travers l’herbe rase du pré, et filait en diagonale vers le sommet pelé, doux et arrondi. - J’ai une tête à ne pas aller au bout ? dit-elle. Ils démarrèrent ensemble. Ils couraient à présent sur une lande à bruyère, et le sol sous leurs pas était élastique et confortable. C’était un bon endroit pour courir. - Un peu plus haut, dit l’homme, on trouve de l’arnica. Presque au sommet. Elle ne répondit pas. L’air devenait enfin léger et elle respirait bien. Elle avait la sensation de pouvoir courir encore longtemps. - Savez-vous que du sommet on aperçoit trente-cinq clochers ? dit-il encore. - Trente-sept, dit-elle. Je les ai comptés. Ils arrivèrent ensemble à la croix de bois qui marquait le point le plus haut, s’arrêtèrent, contemplèrent debout le paysage. Le ciel rosissait et les montagnes du soir paraissaient encore plus bleues que tout à l’heure. Tout était lent, silencieux et limpide. - Trente-sept, dit-elle à nouveau. Il sourit, hocha la tête pour approuver.
La suite et fin demain… |
|  | | MiniSand coureur international


Age : 41 Inscrit le : 19 Mar 2007 Messages : 1080 Localisation : Magrin
 | Sujet: Re: Lecture : "A ton âge", de Jean-Noël Blanc Ven 11 Avr - 10:05 | |
| Seizième partie :
Ils restèrent sans parler pendant un long moment, puis, sans prévenir, il s’éloigna. Elle l’observa. Il avait une démarche légère. Et cette tache dans le dos, sur l’omoplate. Il se pencha en avant, fourragea dans l’herbe, revint sans se presser, tendit les fleurs qu’il venait de cueillir. Arnica et pâquerettes. - Si j’ai bien compris, c’est aujourd’hui votre anniversaire ? Elle sentit les larmes monter. Non, pas de larmes. Elle avala sa salive, se mordit l’intérieur des joues. Sourit sans dévoiler ses dents. Je déteste le bridge que ce crétin de dentiste m’a posé, mon sourire n’est plus à moi. Elle prit les fleurs. - Merci, vous tombez bien. Vous savez, personne n’avait pensé à mon anniversaire. Il avait mis les mains dans son dos, et il penchait la tête de côté en la contemplant. - Personne ? Si vous voulez, enfin, ne le prenez pas en mal, mais je connais un petit restaurant, un endroit sympathique, si vous vouliez, comme ça, simplement en passant, juste pour marquer le coup. Il s’embrouillait dans sa phrase, hésitait, souriait d’un sourire d’adolescent timide. Elle n’hésita même pas avant d’accepter, et quand elle s’en étonna, plus tard, tandis qu’ils couraient tous deux dans la descente, sans hâte, en direction de l’ombre qui peu à peu montait dans la vallée, elle se contenta de serrer les doigts sur la petite poignée de fleurs des champs.
Fin. |
|  | | MiniSand coureur international


Age : 41 Inscrit le : 19 Mar 2007 Messages : 1080 Localisation : Magrin
 | Sujet: Re: Lecture : "A ton âge", de Jean-Noël Blanc Ven 11 Avr - 10:12 | |
| Pour ceux qui préfèrent tout lire en une fois… ou plutôt en deux fois car le texte est trop long pour un seul message...
A ton âge de Jean-Noël Blanc
Ils en ont de bonnes. Qu’à mon âge je devrais me méfier. Surveiller mes efforts. Ne pas exagérer. Parce que la course, disent-ils, fatigue les articulations. Et le cœur. Fais attention à ton cœur. Pendant quelques secondes, tout en continuant de courir elle surveilla sa montre de compétition, où elle pouvait lire la fréquence de ses battements cardiaques. Un peu moins de cent dix à la minute. J’ai un cœur de jeune fille. Elle sourit. Le sol sous ses pas résistait juste comme il le fallait, ni trop souple ni trop dur, et elle avait l’impression de rebondir à chaque foulée sur la terre du chemin. Elle ne peinait pas. Ses muscles répondaient bien et son souffle était égal. Son corps se trouvait là où elle pensait le trouver. Le seul problème, c’était cet air chaud, humide, presque épais, qui empêchait de respirer à fond. L’orage de l’après-midi n’avait pas rafraîchi l’atmosphère, il avait seulement exalté les senteurs de la campagne. Elle renversa un peu le visage pour mieux sentir l’odeur râpeuse des fougères le long du chemin. Quand elle pénétra dans le sous-bois encore humide, elle reconnut aussi le parfum lourd et noir de l’humus et des champignons. Ils l’emmèneraient au restaurant, bien sûr, ce soir, pour le repas d’anniversaire. Pas moyen d’y couper. Ni au bouquet de fleurs sous cellophane. Ni à ce refrain stupide qu’ils se croyaient obligés de chanter en anglais. En guettant son sourire. Et elle, souriant en effet, voyons mes petits, des fleurs pareilles, il ne fallait pas vous donner tant de peine. Et personne ne parlerait du double anniversaire. Personne. Elle eut envie d’accélérer, se retint. Calme-toi, ne te laisse pas aller à la colère. On court mal avec la colère. Manque de lucidité. Combien de courses aurais-tu gagnées si tu avais cédé à l’énervement ? A Rome, cette blondasse qui t’avait serrée à trois cents mètres de la ligne, la foule qui hurlait, et toi, sereine, attendant qu’elle t’ouvre enfin le passage tandis que tu prenais sa foulée. Avant de la sauter aux vingt mètres. Tranquille. Victorieuse. Championne. Il y a vingt-cinq ans. Un bail. Un autre anniversaire. Happy birthday. Ce soir, il faudra t’habiller, mettre une robe. Laquelle ? Le mauve ne me va plus du tout. La bleue ? Voilà longtemps que plus personne ne porte des emmanchures pareilles. Vas-y donc en survêtement, au moins tu seras à ton aise. Et pourquoi pas le bouquet à la main ? Ca rappellera la grande époque, les fleurs à l’arrivée, le podium, les hymnes. La tenue idéale pour le souvenir, n’est-ce pas ? Si je venais en survête, ils me prendraient pour une folle. Ils croiraient que je veux évoquer l’autre date. Celle dont personne ne parle. Les arbres autour d’elle étaient à présent plus hauts, plus serrés, plus sombres. Elle se trouvait dans la forêt. La vraie forêt. Le silence. La solitude. Le bonheur. Et s’il t’arrivait quelque chose, as-tu pensé à notre inquiétude, tu n’es pas raisonnable, toute seule au milieu des bois, sur un chemin perdu où personne ne passe, tu prends des risques stupides, si tu ne penses pas à toi pense au moins à nous. Que craignent-ils donc ? Que je me casse la patte en tombant ? Le col du fémur ? Bon pour les vieux. Laissez-moi encore un peu de temps avant de me traiter comme une vieillarde. Vous en faites déjà assez avec cet anniversaire, non ? Elle se forçait à respirer avec régularité malgré l’air pesant. Inspire par le nez, compte tes foulées, expire par la bouche, insiste, souffle, compte bien les foulées, ne te précipite pas. Elle retrouvait les réflexes depuis si longtemps travaillés. L’entraînement. La compétition. Les grandes épreuves. L’Europe, l’Amérique. Les marathons. Et les bouquets qu’on lui tendait à l’arrivée. Les fleurs étaient si parfaites qu’elles n’avaient jamais l’air vrai. Il fallait les toucher pour vérifier qu’il ne s’agissait pas de tissu. Des fleurs pour la photo. Elle longea un massif de digitales pourpres qu’un rayon de soleil illuminait au milieu de la pénombre des sapins et des épicéas. Epicéas, tu en es sûre ? Et si c’était des mélèzes, des douglas ? Tu n’y connais rien. Elle essaya d’identifier les arbres. Pour les feuillus, c’était plus facile. Des châtaigniers, ça oui, avec leurs chatons de laine lâchés sur le chemin. Quelques chênes, des hêtres, des acacias. Des acacias, vraiment ? Je devrais apprendre le nom des arbres. Un oiseau invisible trillait. Connaître aussi les chants des oiseaux. Et leur nom. C’est idiot de ne rien savoir des oiseaux. J’en entends si souvent au cours de mes sorties. Quand on est seule on entend tout. Bien des années auparavant, lorsqu’un journaliste lui avait demandé pourquoi elle s’était spécialisée dans le marathon, et pas dans le 10 000, pourtant avec votre talent tout le monde estime que vous feriez un malheur dans les courses de fond, elle avait répondu, j’aime le marathon parce que c’est une course qui ne se déroule pas dans un stade. J’aime la sensation de liberté que j’éprouve quand je cours dans la nature. Et pourquoi alors avez-vous une telle faim de victoires si votre plaisir est de courir librement ? Parce que, mon petit, quand on gagne on est seul. Après l’arbre mort, le chemin tournait à droite, s’étrécissait, montait en pente douce, s’enfonçait dans une ombre verte. Elle raccourcit sa foulée, jeta au passage un coup d’œil sur un arbre abattu. Un lichen couvrait le tronc, et, entre les branches enchevêtrées qui pourrissaient au sol, des épilobes pointaient leurs longues hampes. Jamais elle n’avait vu des fleurs d’un rose si vulnérable. Elle souffla. La chaleur s’épanouissait même sous les résineux serrés. Une chaleur épaisse, installée, sûre. Une chaleur comme un fruit mûr. J’aime ce temps. J’aime ce moment de l’été. Ensuite, on verra bien. L’automne, et puis après ? Rien ne vous fait vieillir plus vite que les anniversaires. Les bougies, les embrassades, le gâteau, les fleurs, les sourires. Tu vois, on n’a mis que cinq bougies, on a pensé que ça suffisait, le chiffre des unités on peut s’en passer, personne n’y fait attention. Voyons, ne fais pas cette tête, aujourd’hui, une date pareille, tu sais bien qu’on ne peut pas te laisser toute seule. La pente peu à peu s’accentuait. Cette côte n’en finit plus. Mes tendons ne sont plus ce qu’ils étaient. Ni mes poumons. Hêtres. Un bouleau égaré. Des sapins. Leur feuillage si sombre. Et là, isolé, un sorbier des oiseaux, avec les grappes de ses baies encore oranges. Pas encore mûres. Et des noisetiers. Elle dut ralentir. Economise-toi, respire. Tu n’as plus la forme de tes grands marathons, Berlin, Athènes, New York, tu te rappelles ? A Berlin, tu t’étais classée deuxième derrière une grande bringue maigrichonne avec des dents de jument, et le lendemain soir tu es allée fêter ta performance dans un dancing du côté de la Schaubühne, tout au bout du Ku’damm. Cette salle en sous-sol, les tentures grenat à passementerie dorée, les boules de verre du tango et ce mélange d’odeurs, cigarettes blondes, eau de violette et poussière montée du plancher de bois, c’était un orchestre américain, le batteur noir s’essuyait le visage avec un mouchoir rouge et je portais cette robe de taffetas qui bruissait à chacun de mes pas, j’avais l’âge où une femme ne craint pas de montrer ses épaules nues. Joseph était là. Il m’a invitée à danser. Elle ralentit encore. Ses foulées étaient si courtes qu’elle était maintenant proche de la marche. Marcher ? Et quoi encore ? Tu es venue pour courir et tu courras. Secoue-toi ma vieille. Mes épaules, voilà longtemps que je ne les montre plus. Et si je pouvais cacher mon cou ce serait encore mieux, l’âge d’une femme se lit sur le cou. Tendons, nerfs, plis, rides. La peau impitoyable. Comme les vieilles poules quand on les prépare pour la cuisson. La peau qui pend au-dessus du bréchet. Une peau dure. Le couteau tranche malaisément, il faut crocher dans la peau, tirer jusqu’à ce qu’elle se détache dans un bruit de déchirement. Et tirer aussi sur la longue trachée d’un rose très pâle, elle craque quand on la coupe, on dirait un cartilage qu’on écrase. Puis les lourdes veines violettes. Découvrir le cou nu. La chair maigre sur l’os. Joseph aimait le cou de poulet grillé, une lubie, il grignotait en grimaçant, je fais l’anthropophage, il riait, il appréciait cela comme une gourmandise, j’avais déniché un boucher qui vendait au détail des cous tout préparés. Débarrassés de leur peau, Dieu merci. Elle leva les yeux comme elle atteignait la fin du premier raidillon. Chêne rouvre, épicéa, frêne. Qu’est-ce que tu en sais, qu’il s’agit d’un frêne ? Le nom me plaît, ça suffit. Elle l’aperçut à ce moment-là. Il courait devant elle. Il trottinait, plutôt. S’échauffant sans doute. Ou ralentissant pour varier ses rythmes. Un adepte de l’entraînement fractionné peut-être. Pourtant, à son âge. Quel âge ? A l’allure, je dirais dans les cinquante-soixante. Plus près de soixante. Pas seulement à cause des cheveux qui blanchissent. Mais la façon de courir, le buste trop droit, les genoux pas assez levés, quelque chose comme un manque de liant dans les mouvements, une sécheresse du corps. Et toi ? Tu t’es vue courir ? Qu’est-ce qu’on dirait de toi si on te suivait ? Vise un peu la grand-mère. Tu dates, on ne dit plus grand-mère, on dit mamie. Vise un peu la mamie. Et ce type-là, alors ? Un papy ? Tout de même, il y a dans ses gestes une certaine limpidité. Et une économie de mouvements qui ne trompe pas. Ce type a l’habitude de courir. Elle accéléra dans la descente pour se rapprocher peu à peu de l’homme qui la précédait. Le chemin était à présent moins bien dessiné. Les ornières n’étaient presque plus marquées, et, au milieu, dans l’axe, l’herbe avait poussé, une herbe haute, grasse, de la folle-avoine, du chiendent, des touffes de chélidoine et de plantain. Elle devait lever plus haut les genoux pour éviter d’être trop mouillée par les herbes, et elle ressentait les chocs à chaque foulée. J’aurais dû mettre un autre soutien-gorge, avec celui-ci je ballotte. Tu aurais dû choisir le bleu marine, il tient bien. Un machin américain, du solide, Joseph avait poussé des cris quand il avait vu que je m’étais acheté ça à Boulder, Colorado, le repère des vieux coureurs de fond américains. Ils s’y entraînent pour le circuit vétéran, le Masters Long Distance Running. De belles courses, et bien dotées. J’avais pensé qu’on pourrait s’y installer avec Joseph. Entre 3000 et 4000 dollars la première place, on aurait eu de quoi vivre. Pour les grands marathons, comme à Boston, ça monte jusqu’à 10 000. Ils aimaient ça, la course, les Américains. La course, oui, les soutiens-gorge, non. Ce truc que j’avais acheté là-bas. Un machin ample, inusable, cher et laid. Impossible qu’une femme ait dessiné un tel char d’assaut. N’empêche que j’y suis bien et qu’au lieu de ça j’ai enfilé tout à l’heure le petit rose. Qui est joli. Et qui tient mal. Voilà ce que c’est que de te croire encore féminine. Il y a belle lurette que tu ne charmes plus. Tu es à l’âge du confort, ma vieille. Bon anniversaire confortable et merci pour le voyage. Et si je leur demandais de m’offrir un soutien-gorge pour mon anniversaire ? Leur tête. Tu sais ce qu’elle a demandé comme cadeau pour son anniversaire ? Un Wonderbra. Elle est cinglée. L’homme devant elle portait des chaussures souples et simples. Des chaussures efficaces. Sans esbroufe et usées de façon convenable. Un habitué, pas un coureur du dimanche. Il était en short et elle se trouvait maintenant assez près pour distinguer les muscles de ses jambes. Des muscles effilés. Il avait de l’entraînement et ça se voyait. Même de dos, elle pouvait deviner qu’il était mince. Pas comme ces hommes bedonnants avec l’estomac qui déborde au-dessus de la ceinture, je déteste ces poussahs qui promènent leur graisse. Les gens qui se relâchent. J’aime qu’on respecte son corps. La vie n’est pas facile, si en plus on se laisse aller autant abandonner tout de suite. Elle détailla aussi le maillot qu’il portait. Tissu de bonne tenue, couleur sobre, aucune marque tapageuse. Une tache de boue. Pourquoi l’avoir laissée ? Ca part au lavage sans difficulté. Sur mes vêtements de compétition, combien en ai-je ôté, de ces saletés. Et sur ceux de Joseph. |
|  | | MiniSand coureur international


Age : 41 Inscrit le : 19 Mar 2007 Messages : 1080 Localisation : Magrin
 | Sujet: Re: Lecture : "A ton âge", de Jean-Noël Blanc Ven 11 Avr - 10:13 | |
| L’homme courait de façon régulière. Il balançait les bras comme il faut quand on veut tenir longtemps sans se fatiguer. Un connaisseur. Elle adopta son rythme et continua de le suivre en silence. Tu te rappelles les entraînements quand tu préparais une compétition ? Dix kilomètres seule, puis au bout du circuit que tu avais fixé, dix autres kilomètres avec Joseph et ses copains. A la fin du circuit, à nouveau dix kilomètres seule, et pour la dernière boucle tu retrouvais Joseph et ses copains. Qui prenaient plaisir à te faire tirer la langue. Tu ne disais rien. J’aurais préféré crever que de reconnaître ma fatigue devant eux. Ce n’étaient pourtant pas ces dix dernières bornes les plus difficiles. C’était entre la vingtième et la trentième. Oui, c’était ça le plus dur à supporter. En début de parcours, quand j’étais seule, je fabriquais mon rythme, ça allait. Ensuite, au deuxième relais, quand je me calais dans la foulée de Joseph, ça allait aussi. Le problème ne vient qu’après. Quand tu te retrouves seule et que le parcours est encore long. Là, oui, c’est dur à vivre. Elle regardait le dos de l’homme qui courait devant elle, et elle observait la tache. Pourquoi ne pas l’avoir nettoyée ? Sa femme ne s’était donc pas occupée de sa lessive ? Ce n’est pourtant pas grand-chose. Si la tache résiste, frotter au savon de Marseille, laisser sécher au soleil, rincer. Un maillot de marque comme celui-ci, ça se soigne. Comme les chaussures. Il soigne bien ses chaussures, ce type. Alors pourquoi pas son maillot ? Cette tache l’obsédait. Elle contrôla sa respiration. Ne souffle pas comme un phoque, il va t’entendre. Comme un phoque ? Ou comme une mamie ? Une mamie, comment ça souffle ? Comme une otarie ? Une eau tarie. Elle n’était plus très loin de l’homme. Elle ralentit. Le chemin avait repris de la pente. Des myrtilles poussaient dans le sous-bois. Elle y jeta un coup d’œil. Trop tôt encore dans la saison pour les manger. Pas encore assez charnues, pas assez violettes. Violettes ou bleues ? Comment lui avaient-ils dit, les Québécois, quand elle avait gagné le marathon de Saguenay-Lac-Saint-Jean, sais-tu bien ce qu’on nomme les bleuets par chez nous, ce sont les airelles. A l’arrivée, elle pensait Dieu sait pourquoi à ces airelles et puis elle avait donné les fleurs à Joseph qui s’était classé si loin dans l’épreuve masculine et s’étonnait de sa contre-performance, je ne comprends pas, je me croyais en forme pourtant. Trois mois plus tard on apprenait la raison de cette méforme. Trop tard. Joyeux anniversaire. Le type devant elle avait repris un peu d’avance dans la montée. Elle haussa le rythme. Son souffle se raccourcit et elle sentit s’accélérer ses battements cardiaques. A ton âge, quand même. Tu sais que tu nous inquiètes, mamie, quand tu vas courir. Seule dans la forêt. Et puis, forcer comme tu le fais. Les articulations, le cœur. Mamie, tu exagères. Même si tu as l’entraînement de toutes tes années de compétition, qu’est-ce que ça change ? Les artères, le souffle, le débit sanguin. Et si tu tombais ? Si je tombais, mes petites, je nettoierais mon survête, voilà tout. Comme je l’ai toujours nettoyé. Comme je nettoyais ceux de Joseph. Jamais il n’aurait supporté, lui, une tache sur ses vêtements. Jusqu’au bout il a été soigneux. Presque maniaque. Dans sa chambre à l’hôpital il chassait du bout des doigts les miettes sur le drap, et quand le premier soir la femme de service a renversé un peu de soupe sur le plateau, il a dit, ça commence bien et il a ri. Ou il a essayé de rire. En s’étouffant. Je lui ai tenu la main jusqu’au bout. Respire. Compte tes foulées. Inspire à fond, retiens ta respiration, vide-toi. A fond. Expire. Elle entendait souffler l’homme devant elle. Un souffle régulier. Rapide et régulier. Et qui soudain s’interrompait, tandis que l’homme tendait le bras, d’un geste bref, et se mettait à parler. Des phrases courtes, des mots hachés. Elle était assez proche pour entendre. - Regarde. L’ouverture. Derrière les sapins. Après la plaine. Les collines. Le même bleu, tu vois. Elle tourna la tête dans la direction que l’homme indiquait sans cesser de courir. Dans une échancrure de la forêt, on apercevait en effet, là-bas, l’étendue pâle de la plaine et, tout au bout, la silhouette bleue des monts qu’on appelle dans la région les montagnes du soir. C’était un bleu très tendre et paisible, et jamais encore elle n’avait remarqué comme aujourd’hui la délicatesse de cette teinte. Elle lui laissa reprendre un peu d’avance. Pourquoi parlait-il tout seul ? Et pourquoi faut-il que je tombe sur un dingo quand je viens m’entraîner ? Parce que j’emprunte un parcours connu pour le jogging ? Je déteste ce mot. Jogging, coursing, marching. Ces mots à la mode. Autant ne rien dire. Se méfier des mots. Joseph, son dernier mot, j’aurais tant voulu l’entendre. Mais l’infirmière, madame je vais vous demander de sortir un instant s’il vous plaît, et comme une imbécile j’ai obéi. J’ai attendu dans le couloir. On ne percevait aucun bruit. Quand je suis rentrée dans la chambre c’était fini. Ce n’est pas le cœur, a dit le médecin. Il avait un cœur juvénile. Le sport sans doute, n’est-ce pas ? Si ça n’avait été qu’un problème de cœur, il aurait tenu des années. Soyez courageuse. Et le type là-devant qui tendait cette fois-ci le bras de l’autre côté et recommençait de prononcer des mots hachés tandis qu’il approchait du vieil abreuvoir, regarde la fontaine, tu sais, l’eau si froide, le goût n’a pas changé, tu vas voir. Il s’arrêta pour boire, se pencha sur l’eau. Elle hésita. Le dépasser comme si elle n’avait rien entendu, ou s’arrêter elle aussi ? Elle s’arrêta. L’homme se retourna, la dévisagea, sourit. Elle lui rendit son sourire. Tu as vu ses yeux ? Les yeux d’un homme qui aime rire. Les pattes d’oie, les rides sur les tempes. Un visage fin, presque maigre. Le visage affûté de l’homme en forme, comme on dit dans les journaux. Joseph aimait cette expression, il la ressortait souvent. Même à l’hôpital. Les visiteurs en mentant dès qu’ils entraient dans la chambre au milieu des odeurs d’éther et de désinfectant, dis donc tu as l’air en forme, et lui, amaigri, souriant, j’ai le visage affûté de l’homme en forme. Elle plongea sa main dans la fontaine. Le froid la surprit. L’eau mordait. Elle enfonça le poignet, l’avant-bras. Une eau de montagne. Glacée. Elle resta penchée au-dessus de l’abreuvoir, se laissa engourdir. L’homme à côté d’elle s’aspergeait le visage. Il a des yeux marron très clair, presque transparent, comme les vieux paysans de la région. Il n’a pas une tête de paysan. Un intellectuel. Qu’est-ce qui te prend de le dévisager, que va-t-il penser ? Je ne le dévisage pas, je suis curieuse. - Vous m’avez entendu parler tout seul ? dit l’homme. Elle se redressa. Non, elle n’avait rien entendu, pourquoi ? - Rassurez-vous, dit-il. Je n’étais pas tout seul. Enfin, pas vraiment. J’étais avec ma femme. Il se cala les fesses contre le rebord de l’abreuvoir, face au paysage, puis il tendit le bras. - Nous venions souvent courir ici. C’était une de nos courses favorites. - C’était ? - Elle est morte. Il avait prononcé ces mots sans y mettre d’emphase. Une constatation. Quelque chose de simple. Une vérité sur laquelle il n’y avait pas besoin de s’entendre. - Pardonnez-moi d’être indiscrète. Il y a longtemps ? - Un an et demi, deux ans. Il contemplait toujours le paysage. La forêt où les feuillus mettaient des taches claires parmi les résineux, les pentes qui dévalaient vers la plaine, les champs dessinés, les villages, les routes minuscules, puis, tout au bout, les montagnes du soir. Un rapace fit entendre quelque part son cri aigu. - C’est idiot, mais quand je cours dans les endroits que nous aimions, je lui parle. Comme si elle était là. Je lui montre ce que j’aime. Ce qu’elle aimait. Des perspectives, un mur de ferme, une ouverture. Cette source. Vous devez me prendre pour un fou. Elle sourit. Un fou ? Pourquoi donc ? Au contraire c’était elle qui était folle. Folle de ne pas avoir pensé à faire de même après la mort de son mari. - Ah bon ? Votre mari ? A mon tour d’être indiscret mais, il y a longtemps ? - Quatre ans. Exactement quatre ans aujourd’hui. Le jour de mon anniversaire. Il est mort le jour de mon anniversaire. Une drôle d’idée, n’est-ce pas ? - Je ne sais pas si « drôle » est le mot adéquat. Ils se turent. L’air était toujours aussi chaud. Une brume de chaleur traînait sur la plaine, faisait danser les lignes d’arbres qui bordaient les champs, et, dans leur dos, l’eau était fraîche. Elle baissa la tête. La main de l’homme était posée sur le rebord de l’abreuvoir. Il portait deux alliances à l’annulaire. A quoi penses-tu quand tu regardes ses mains ? Ne regarde pas ses mains. Ses doigts fins. Je ne regarde pas ses doigts, je pense. Ne penses pas à ses yeux. Je ne pense pas à ses yeux. Ne pense pas à cette tendresse qu’il a pour sa femme. Je ne pense pas à sa tendresse. Je ne pense pas du tout à la moindre tendresse. Mon œil. - On devrait repartir avant de se refroidir, dit l’homme. Vous courez jusqu’en haut ? Il désignait le chemin étroit qui montait à travers l’herbe rase du pré, et filait en diagonale vers le sommet pelé, doux et arrondi. - J’ai une tête à ne pas aller au bout ? dit-elle. Ils démarrèrent ensemble. Ils couraient à présent sur une lande à bruyère, et le sol sous leurs pas était élastique et confortable. C’était un bon endroit pour courir. - Un peu plus haut, dit l’homme, on trouve de l’arnica. Presque au sommet. Elle ne répondit pas. L’air devenait enfin léger et elle respirait bien. Elle avait la sensation de pouvoir courir encore longtemps. - Savez-vous que du sommet on aperçoit trente-cinq clochers ? dit-il encore. - Trente-sept, dit-elle. Je les ai comptés. Ils arrivèrent ensemble à la croix de bois qui marquait le point le plus haut, s’arrêtèrent, contemplèrent debout le paysage. Le ciel rosissait et les montagnes du soir paraissaient encore plus bleues que tout à l’heure. Tout était lent, silencieux et limpide. - Trente-sept, dit-elle à nouveau. Il sourit, hocha la tête pour approuver. Ils restèrent sans parler pendant un long moment, puis, sans prévenir, il s’éloigna. Elle l’observa. Il avait une démarche légère. Et cette tache dans le dos, sur l’omoplate. Il se pencha en avant, fourragea dans l’herbe, revint sans se presser, tendit les fleurs qu’il venait de cueillir. Arnica et pâquerettes. - Si j’ai bien compris, c’est aujourd’hui votre anniversaire ? Elle sentit les larmes monter. Non, pas de larmes. Elle avala sa salive, se mordit l’intérieur des joues. Sourit sans dévoiler ses dents. Je déteste le bridge que ce crétin de dentiste m’a posé, mon sourire n’est plus à moi. Elle prit les fleurs. - Merci, vous tombez bien. Vous savez, personne n’avait pensé à mon anniversaire. Il avait mis les mains dans son dos, et il penchait la tête de côté en la contemplant. - Personne ? Si vous voulez, enfin, ne le prenez pas en mal, mais je connais un petit restaurant, un endroit sympathique, si vous vouliez, comme ça, simplement en passant, juste pour marquer le coup. Il s’embrouillait dans sa phrase, hésitait, souriait d’un sourire d’adolescent timide. Elle n’hésita même pas avant d’accepter, et quand elle s’en étonna, plus tard, tandis qu’ils couraient tous deux dans la descente, sans hâte, en direction de l’ombre qui peu à peu montait dans la vallée, elle se contenta de serrer les doigts sur la petite poignée de fleurs des champs.
Fin. |
|  | | nicorapido Admin

Age : 28 Inscrit le : 01 Jan 2007 Messages : 1169 Localisation : La Primaube-Rodez-Bourganeuf
 | Sujet: Re: Lecture : "A ton âge", de Jean-Noël Blanc Ven 11 Avr - 11:23 | |
| Merci Mini  _________________ Quand un gars vous dit qu'il vient de gagner une course, il vaudrait mieux lui demander qui il a battu plutôt que le temps qu'il a réalisé. |
|  | | Pinky coureur régional


Age : 43 Inscrit le : 18 Déc 2007 Messages : 438 Localisation : Creuse
 | Sujet: Re: Lecture : "A ton âge", de Jean-Noël Blanc Ven 11 Avr - 12:23 | |
| | pas mieux! |
|  | | MiniSand coureur international


Age : 41 Inscrit le : 19 Mar 2007 Messages : 1080 Localisation : Magrin
 | Sujet: Re: Lecture : "A ton âge", de Jean-Noël Blanc Ven 11 Avr - 21:26 | |
| Quels coeurs d'artichauts vous êtes tous les deux... ca finit quand même sur une note d'espoir... faut pas pleurer... En tout cas, moi, j'adore cette nouvelle : j'aime le style de l'écriture, l'histoire qui est dévoilée peu à peu, au fil de la course... Je la trouve pleine d'humour et de finesse, avec un peu de mystère, chargée d'émotion(s)... J'espère que vous avez passé un bon moment de lecture... |
|  | | Pinky coureur régional


Age : 43 Inscrit le : 18 Déc 2007 Messages : 438 Localisation : Creuse
 | Sujet: Re: Lecture : "A ton âge", de Jean-Noël Blanc Ven 11 Avr - 21:33 | |
| | De toute façon il n'y avait pas d'images... |
|  | | fetto coureur régional


Age : 31 Inscrit le : 29 Déc 2007 Messages : 329 Localisation : Rodez
 | Sujet: Re: Lecture : "A ton âge", de Jean-Noël Blanc Ven 11 Avr - 21:51 | |
| | C'était superbe, un mélange de Titanic et de bienvenu chez les ch'tis....pour les cinéphiles! |
|  | | MiniSand coureur international


Age : 41 Inscrit le : 19 Mar 2007 Messages : 1080 Localisation : Magrin
 | Sujet: Re: Lecture : "A ton âge", de Jean-Noël Blanc Lun 14 Avr - 14:36 | |
| | Ben toi, Fetto, tu fais comme Nicorapido et Pinky : tu fais croire que tu as lu, mais ce n'est pas vrai !!! |
|  | | fetto coureur régional


Age : 31 Inscrit le : 29 Déc 2007 Messages : 329 Localisation : Rodez
 | Sujet: Re: Lecture : "A ton âge", de Jean-Noël Blanc Lun 14 Avr - 21:40 | |
| Si j'ai tout lu.....je suis percévérant! ET pourant je ne suis pas en vacances MOI!  |
|  | | MiniSand coureur international


Age : 41 Inscrit le : 19 Mar 2007 Messages : 1080 Localisation : Magrin
 | Sujet: Re: Lecture : "A ton âge", de Jean-Noël Blanc Lun 14 Avr - 21:43 | |
| | fetto a écrit: | | C'était superbe, un mélange de Titanic et de bienvenu chez les ch'tis....pour les cinéphiles! |
T'as peut-être tout lu... mais t'as pas tout compris !!!  |
|  | | fetto coureur régional


Age : 31 Inscrit le : 29 Déc 2007 Messages : 329 Localisation : Rodez
 | Sujet: Re: Lecture : "A ton âge", de Jean-Noël Blanc Lun 14 Avr - 21:47 | |
| | Chacun ses spécialités...moi je suis plutot scientifique que littéraire! |
|  | | la buze coureur régional


Inscrit le : 06 Fév 2007 Messages : 262 Localisation : lève les yeux, je tourne au dessus de toi...
 | Sujet: Re: Lecture : "A ton âge", de Jean-Noël Blanc Sam 31 Mai - 14:58 | |
|  _________________ " Le souffle est une force… ne le perdez pas. " |
|  | | | Lecture : "A ton âge", de Jean-Noël Blanc | |
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